Carnets de voyage : le périple de 1952 qui transforme Ernesto Guevara
Publié par : Sylvie Durand-Martel — Rédactrice spécialisée en voyage
Carnets de voyage, dont le titre original est Diarios de motocicleta, suit Ernesto Guevara et Alberto Granado pendant leur périple de 1952 à travers l’Amérique du Sud. Réalisé par Walter Salles, ce road movie de 126 minutes raconte une aventure de jeunesse qui devient un apprentissage humain, au contact des paysages du continent et de réalités sociales difficiles.
Une fiche-film pour situer Carnets de voyage
| Élément | Information |
|---|---|
| Titre original | Diarios de motocicleta |
| Réalisation | Walter Salles |
| Scénario | José Rivera, d’après les récits d’Ernesto Guevara et d’Alberto Granado |
| Genre | Road movie et drame |
| Sortie | 2004, sortie en France le 8 septembre 2004 |
| Durée | 126 minutes |
| Interprètes principaux | Gael García Bernal, Rodrigo de la Serna |
| Langues originales | Espagnol, quechua et mapudungun |
Cette coproduction réunit l’Argentine, le Brésil, le Chili, le Pérou et les États-Unis. Le scénario de José Rivera s’appuie sur les journaux de voyage du jeune Guevara et sur les souvenirs d’Alberto Granado. Walter Salles ne cherche pas à raconter la légende du Che déjà constituée. Il filme plutôt deux amis qui partent découvrir un continent, avec une légèreté bientôt confrontée aux conditions de vie des populations rencontrées.
Le voyage de 1952 : une aventure qui change de nature
Deux amis, une vieille Norton et un horizon immense
Le 4 janvier 1952, Ernesto Guevara, âgé de 23 ans, quitte Buenos Aires avec Alberto Granado, son aîné de près de 30 ans. Leur projet consiste à parcourir l’Amérique du Sud pendant quatre mois et demi, à bord d’une Norton 500 cm³ de 1939 surnommée La Poderosa, ou « La Vigoureuse ». Au début, la moto incarne la liberté du voyage, la vitesse et l’improvisation. Elle donne au départ une allure romanesque, presque insouciante.
La mécanique finit pourtant par céder. La moto devient inutilisable et les deux voyageurs continuent à pied, en auto-stop ou grâce à l’aide de personnes croisées sur leur route. Ce changement modifie le sens du périple. Le voyage n’est plus seulement une échappée entre étudiants : il devient une expérience de dépendance, d’écoute et de partage avec ceux qui vivent sur les routes ou à l’écart des grandes villes.
Un itinéraire, mais pas un simple carnet de destinations
Le parcours traverse l’Argentine et le Chili, puis mène les deux hommes au Pérou, en Colombie et vers le Venezuela. Miramar, Bariloche, Valparaíso, le désert d’Atacama, Cuzco, le Machu Picchu, Lima et la léproserie de San Pablo jalonnent leur trajet. Ces lieux ne sont pas présentés comme de simples cartes postales. Chaque étape modifie la manière dont Ernesto et Alberto regardent l’Amérique latine.
Le film avance au rythme des routes, des pistes et des traversées fluviales. Plus les déplacements deviennent difficiles, plus les rencontres prennent de place. Les paysages imposent des distances, des silences, des retards et une fatigue qui rendent visibles les différences sociales. La géographie accompagne donc l’évolution des personnages : elle les éloigne du voyage touristique pour les rapprocher d’une expérience sociale concrète.
Ernesto Guevara et Alberto Granado : un duo incarné sans monumentalité
Gael García Bernal interprète Ernesto Guevara avec retenue. Il ne joue pas une icône révolutionnaire en devenir, mais un étudiant en médecine curieux, parfois maladroit, dont les convictions se forment au fil des observations. Ernesto écoute plus qu’il ne proclame. Le film laisse ainsi apparaître les changements dans son regard sans les présenter comme une trajectoire déjà écrite.
Face à lui, Rodrigo de la Serna donne à Alberto Granado une présence plus expansive et chaleureuse. Son personnage apporte l’humour, le goût de la fête et une expérience pratique qui compensent les hésitations d’Ernesto. Leur complicité empêche le récit de devenir une biographie solennelle. Elle rappelle que cette aventure est aussi celle d’une amitié mise à l’épreuve par les pannes, la fatigue et les imprévus.
Alberto n’est pas un simple faire-valoir. Il est un compagnon de route, un témoin et une présence concrète dans le voyage. Les deux hommes ne réagissent pas toujours de la même façon lorsqu’ils rencontrent des travailleurs précaires, des familles déplacées ou des malades. Leurs réactions différentes composent pourtant un même apprentissage. Le film montre ainsi la formation d’un regard plutôt que la naissance instantanée d’une conscience politique.
Pourquoi le film dépasse le road movie contemplatif
La découverte des inégalités comme moteur dramatique
Carnets de voyage relie les grandes étendues sud-américaines à une réalité sociale souvent dure. Les voyageurs croisent des mineurs, des paysans, des personnes sans ressources et des populations marginalisées. Walter Salles ne transforme pas ces rencontres en discours théorique. Il les inscrit dans les gestes, les visages et les conditions de déplacement, jusqu’à ce qu’elles modifient profondément la perception d’Ernesto.
Le séjour à la léproserie de San Pablo marque une étape majeure de cette évolution. Ernesto et Alberto y travaillent bénévolement pendant trois semaines. La séparation entre les soignants et les malades, les conditions matérielles et les liens noués sur place donnent au voyage une portée humaniste concrète. La future prise de conscience politique de Guevara n’est pas présentée comme une certitude présente dès le départ. Elle se construit au contact de situations vécues et de personnes rencontrées.
Une mise en scène attentive aux sensations
La photographie d’Éric Gautier privilégie les reliefs, les routes ouvertes et les changements d’échelle. La musique de Gustavo Santaolalla accompagne le mouvement sans l’alourdir, tandis que le montage de Daniel Rezende laisse une place aux étapes et aux silences. Le film prend le temps de montrer la fatigue, l’attente et les moments de suspension. Cette approche peut dérouter les spectateurs qui attendent une biographie politique classique, mais elle donne au récit sa dimension sensible.
Les langues entendues, notamment le quechua et le mapudungun, élargissent aussi la représentation du continent. L’Amérique du Sud traversée par les personnages ne se résume ni à une culture unique ni à une histoire nationale. Les langues, les paysages et les rencontres font émerger une conscience latino-américaine plus large, marquée par les héritages indigènes, les fractures économiques et la solidarité.
Accueil, récompenses et moyens de voir le film
Le long métrage a reçu un accueil favorable de la presse et du public. Sur AlloCiné, il affiche une note presse de 3,9/5 à partir de 27 critiques, ainsi qu’une note spectateurs de 4,0/5 fondée sur 7 302 notes. Rotten Tomatoes recense 84 % de critiques positives sur 154 avis, avec une moyenne de 7,5/10. Metacritic lui attribue 75/100 sur 37 critiques. Ces chiffres accompagnent les appréciations souvent consacrées à l’interprétation du duo principal, aux paysages et à la sobriété du récit.
Le film a été présenté à Sundance le 15 janvier 2004, puis sélectionné officiellement à Cannes. Il a obtenu plusieurs distinctions, dont le Prix du jury œcuménique à Cannes et l’Oscar de la meilleure chanson originale. Son box-office mondial est indiqué à 57 663 224 dollars. Cette réception dépasse donc le cercle des seuls amateurs de cinéma d’auteur.
Pour le découvrir ou le revoir, Carnets de voyage existe en VOD, en DVD et en Blu-ray selon les catalogues et les territoires. Les disponibilités évoluent régulièrement : il faut vérifier l’offre proposée au moment de la location ou de l’achat. L’édition DVD signalée comprend notamment un making of et une interview de Walter Salles. Ces suppléments permettent de prolonger la découverte du tournage et du travail d’adaptation des récits de voyage.
- Marseille : offrir un savoir-faire plutôt qu’un souvenir - 14 octobre 2026
- Carnets de voyage : le périple de 1952 qui transforme Ernesto Guevara - 14 octobre 2026
- Le carnet de voyage en ligne organise vos souvenirs, votre itinéraire et vos partages - 13 octobre 2026



