5 pays, 160 pages et des souvenirs collés dans les Carnets de voyage de Titouan Lamazou
Publié par : Sylvie Durand-Martel — Rédactrice spécialisée en voyage
Publié en 1998 chez Gallimard, Carnets de voyage rassemble bien plus que des paysages rapportés d’ailleurs. Le navigateur et artiste compose un récit visuel avec des visages, des scènes quotidiennes, des notes et des matières collectées. Pour qui cherche un carnet de voyage illustré où l’observation humaine compte autant que le dessin, l’ouvrage se situe entre livre d’art, reportage sensible et journal personnel.
Un album où le voyage commence par les rencontres
Carnets de voyage ne suit ni la logique d’un guide touristique ni celle d’un itinéraire à reproduire. Titouan Lamazou traverse cinq pays, l’Égypte, Cuba, la Grèce, le Bénin et le Japon, avec une attention tournée vers les personnes qu’il croise. Marins, artistes, écrivains, habitants et figures rencontrées deviennent les véritables repères du livre.
Cette approche donne à l’album une densité particulière. Les paysages, les ports, les marchés et les jardins ne sont pas de simples décors : ils forment le cadre vivant des échanges. Le lecteur avance d’un portrait à une anecdote, d’une impression rapide à une scène plus construite. L’artiste restitue moins une destination figée qu’une présence, une voix, un geste ou une atmosphère.
Le regard d’un navigateur devenu passeur d’images
Le parcours de Titouan Lamazou nourrit la singularité de l’ouvrage. Son expérience de la navigation solitaire apporte une attention concrète aux déplacements, aux escales et aux milieux traversés. Son travail ne se limite pourtant pas au récit maritime. Le dessin lui permet de ralentir, de regarder et de faire apparaître ce qui échappe souvent à une photographie prise sur le vif.
Cette double sensibilité explique le ton de l’album : curieux sans être démonstratif, personnel sans enfermer le voyage dans le seul regard de l’auteur. Les réflexions, parfois poétiques ou teintées d’humour, accompagnent les images sans prétendre résumer les cultures rencontrées.
Cinq pays, cinq manières d’habiter le monde
Les destinations choisies créent des contrastes visuels et humains marqués. Elles ne sont pas présentées comme un catalogue exotique, mais comme des territoires où l’artiste trouve des motifs, des rencontres et des rythmes différents.
| Pays | Repères et scènes évoqués | Dimension du carnet |
|---|---|---|
| Égypte | Le Nil, Assouan, une felouque, le narguilé et une visite à Naguib Mahfouz | Le fleuve, la conversation et le portrait |
| Cuba | Scènes de vie et rencontre avec Jorge | Une observation directe du quotidien |
| Grèce | Les Cyclades, Mykonos, Naxos et le marché aux poissons | La lumière, les îles et les gestes de travail |
| Bénin | Une grande fête vaudoue et Romuald Hazoumé | La création, le rituel et la présence collective |
| Japon | Tokyo, Yokohama, jardins et alphabets japonais | Les signes, l’attention au détail et la composition |
Des étapes pensées comme des univers plutôt que comme un circuit
En Égypte, la présence du Nil et des rencontres donne une ampleur presque narrative aux pages. En Grèce, les Cyclades imposent un autre tempo, fait de ports, d’îles et de scènes de marché. Au Bénin, la fête vaudoue ouvre sur une énergie collective et sur la création de Romuald Hazoumé. Le Japon déplace le regard vers les jardins, les villes et les systèmes d’écriture, avec les kanji, les katakana et les hiragana.
Ce passage d’un monde à l’autre évite l’uniformité. Les pays ne sont pas réduits à une couleur locale. Chacun semble appeler une manière différente de dessiner, de cadrer, de raconter ou de conserver une trace.
Pourquoi les collages changent la lecture du carnet
Les aquarelles, les gouaches, les dessins, les photographies et les montages composent une matière visuelle très variée. L’intérêt du livre tient à cette coexistence. Un dessin peut saisir une expression ou une silhouette, tandis qu’une photographie ancre une scène dans sa réalité immédiate. Les textes apportent des réflexions, des sensations et des anecdotes de voyage.
Les collages de tickets de visite, de reçus d’hôtel et d’étiquettes ne sont pas de simples ornements. Ils introduisent dans la page des fragments ordinaires, souvent voués à disparaître. En les intégrant à ses compositions, l’artiste donne au lecteur l’impression de feuilleter une mémoire en construction, avec ses accrocs, ses preuves matérielles et ses associations imprévues.
Un carnet agit alors comme un réservoir de traces. Ce n’est pas une archive rangée dans l’ordre chronologique, mais un espace où le papier jauni, l’écriture manuscrite, la tache de couleur et l’image imprimée conservent chacun une part de l’expérience. Cette logique explique pourquoi un objet trouvé peut avoir autant de valeur qu’un panorama : il rappelle la durée du séjour, les attentes, les détours et la matérialité du voyage.
Un livre d’art qui reste accessible
La richesse des techniques ne transforme pas l’album en ouvrage réservé aux connaisseurs. Elle favorise au contraire un feuilletage libre. On peut s’arrêter sur un portrait, suivre une scène de vie, lire une note ou observer le dialogue entre plusieurs images. Cette circulation entre dessin, récit et document donne au livre sa dimension de livre d’art sans l’éloigner de l’expérience concrète du voyage.
Ce que l’on trouve derrière les portraits et les noms cités
Les rencontres nommées dans l’ouvrage renforcent sa portée documentaire. La visite à Naguib Mahfouz en Égypte, la présence de Jorge à Cuba, celle de Romuald Hazoumé au Bénin et celle d’Arimura Sen au Japon ne sont pas de simples références. Elles signalent le désir de Titouan Lamazou d’entrer en relation avec des interlocuteurs singuliers et de faire du carnet un lieu d’échange.
Les scènes anonymes comptent tout autant. Un marché aux poissons, un bateau, un repas, une rue ou un atelier peuvent devenir des sujets à part entière. Cette attention aux visages et aux gestes explique pourquoi l’album peut aussi intéresser les lecteurs attirés par le reportage dessiné. Il ne cherche pas à donner une leçon sur les pays traversés. Il propose des fragments situés, assumés comme le regard d’un artiste voyageur.
Édition, format et repères avant de le rechercher
Pour identifier l’édition décrite, quelques éléments bibliographiques sont particulièrement utiles. Il s’agit d’un livre broché publié en 1998 par Gallimard, dans un grand format de 380 × 285 mm. Ses 160 pages correspondent au format d’un album illustré : l’ouvrage laisse de la place aux compositions, aux portraits et aux montages.
- Auteur : Titouan Lamazou
- Titre : Carnets de voyage
- Éditeur : Gallimard
- Année de publication : 1998
- Reliure : broché
- Format : 380 × 285 mm
- Pagination : 160 pages
Ces informations permettent de distinguer cet album d’autres publications de l’artiste et de vérifier une annonce en librairie, chez un bouquiniste ou auprès d’un distributeur. Avant un achat, il est utile de contrôler l’état des pages illustrées, de la couverture et de la reliure, surtout pour un grand format destiné à être feuilleté. Pour un lecteur amateur de dessin, de récits de voyage ou de beaux livres centrés sur les rencontres, c’est un ouvrage à consulter lentement, image après image.
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