L’expression « à tire-larigot », que l’on entend encore parfois dans une conversation animée, signifie « en grande quantité », souvent jusqu’à l’excès. Boire à tire-larigot, travailler à tire-larigot, rire à tire-larigot… bref, tout ce qui se fait beaucoup, parfois trop. Mais d’où sort ce curieux assemblage de mots ? Deux hypothèses s’affrontent depuis des siècles.
Une cloche, des ouvriers et beaucoup de vin
La première version, rapportée notamment par le Larousse du XXe siècle, nous transporte à Rouen, au XIIIᵉ siècle. L’archevêque Eudes Rigaud décide alors de doter sa cathédrale d’une immense cloche de dix tonnes – un exploit technique pour l’époque.
Pour motiver les ouvriers chargés de l’installation, ou peut-être les douze hommes chargés ensuite de la faire sonner, l’archevêque aurait eu recours à une récompense bien connue : de grandes quantités de vin. L’expression « boire à tire-larigot » serait née de là, avant de s’étendre à d’autres verbes.
Autrement dit, au départ, on parlait surtout d’ouvriers fatigués, mais bien arrosés. Et l’idée de « consommer sans retenue » aurait survécu au fil des siècles.
L’hypothèse musicale et linguistique
Cette version épique séduit par son côté pittoresque, mais elle est contestée par plusieurs linguistes. Selon eux, l’expression serait plus tardive, née au XVe siècle.
À l’époque, le verbe « tirer » signifiait déjà « avaler un liquide d’un trait ». Quant au mot « larigot », il désignait une petite flûte intégrée à certains orgues. Or, dans le langage populaire, « flûter » a longtemps été un synonyme de « boire ». L’association de « tirer » et de « larigot » aurait donc donné cette formule, un peu redondante mais imagée.
En résumé : « boire à tire-larigot », ce serait presque dire « boire à boire-boire » !
Une expression vivante, malgré tout
Qu’elle vienne de la cathédrale de Rouen ou d’une flûte d’orgue, l’expression a traversé les siècles. Aujourd’hui, même si elle sonne un peu désuète, elle garde une certaine saveur. On l’entend encore dans des conversations où l’on veut souligner l’exagération : un repas à tire-larigot, du travail à tire-larigot, des rires à tire-larigot…
Finalement, ce qui compte, ce n’est peut-être pas l’origine exacte, mais le plaisir qu’on prend encore à la glisser dans une phrase. Une preuve que notre langue, même dans ses expressions les plus anciennes, garde un sens de l’image et de l’humour intact.
En résumé
- « À tire-larigot » signifie « en grande quantité, jusqu’à l’excès ».
- Première hypothèse : l’archevêque de Rouen arrosait de vin les ouvriers qui installaient sa cloche monumentale.
- Deuxième hypothèse : l’expression viendrait du verbe « tirer » (boire d’un coup) associé au mot « larigot », une petite flûte.
- L’expression, un peu désuète, reste un bel exemple du paysage imagé de la langue française.






