Mode de vie mormon : entre prières en famille, café exclu et entraide au quotidien
Publié par : Sylvie Durand-Martel — Rédactrice spécialisée en lifestyle
Le mode de vie mormon associe foi chrétienne, pratiques familiales régulières, règles de consommation et engagement communautaire. Dans l’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours, cela se traduit notamment par la prière, les réunions du dimanche et l’abstention d’alcool, de tabac, de café et de thé. Mais ces repères ne décrivent pas uniformément chaque personne : les habitudes varient selon les familles, les pays et le degré de pratique. Autre distinction essentielle : l’Église principale interdit aujourd’hui la polygamie, contrairement à certains groupes dissidents.
Une foi qui donne un cadre à la vie ordinaire
Le mot « mormon » vient du Livre de Mormon, un texte sacré que les fidèles lisent aux côtés de la Bible. Courant dans le langage quotidien, ce terme peut toutefois désigner plusieurs mouvements issus d’une même histoire. Pour parler de l’institution principale, le nom précis est Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours.
Fondée en 1830 par Joseph Smith, cette Église se présente comme une restauration de l’Église de Jésus-Christ. Ses membres croient en Jésus-Christ, en la révélation divine et en la possibilité de liens familiaux qui se prolongent au-delà de la mort. Ces convictions expliquent la place accordée au foyer, à la transmission religieuse et au service d’autrui.
La pratique ne se limite donc pas à une cérémonie hebdomadaire. Elle peut influencer l’emploi du temps, les choix de loisirs, les relations et l’éducation des enfants. Cela ne signifie pas que les fidèles vivent à l’écart : études, métiers, amitiés et activités personnelles font aussi partie de leur quotidien.
Pour comprendre une situation particulière, il faut distinguer trois niveaux : l’enseignement de l’Église, les habitudes d’une communauté et les choix d’une personne. Une coutume observée dans une famille de l’Utah n’est pas nécessairement une obligation religieuse ni une pratique partagée en France.
À la maison : des rendez-vous spirituels autour de la famille
Prière, lectures et soirée familiale
Dans les foyers pratiquants, la prière et l’étude des Écritures constituent des repères réguliers. Elles peuvent prendre la forme d’une lecture partagée, d’un échange sur un passage ou d’une prière avant le repas. Leur durée et leur organisation dépendent notamment de l’âge des enfants, des horaires professionnels et de la composition du foyer.
La soirée familiale est un temps hebdomadaire consacré au partage. Elle peut associer une discussion spirituelle, un jeu, une activité ou la préparation d’un service à rendre. Son objectif est autant de nourrir la foi que de préserver un moment ensemble. Il ne s’agit donc pas forcément d’un cours religieux formel.
Ces rendez-vous peuvent fonctionner comme un ressort dans une semaine chargée : ils créent un point de retour quand les emplois du temps dispersent le foyer. Leur intérêt pratique tient moins à leur longueur qu’à leur prévisibilité. Une courte discussion où chacun peut parler n’a pas le même effet qu’une succession d’activités organisées sans temps d’écoute ; cette distinction aide à comprendre la fonction relationnelle de ces habitudes.
Un idéal familial, des situations multiples
Le mariage, les enfants et la responsabilité parentale occupent une place importante dans les enseignements. L’éducation comprend la transmission de la foi, mais aussi l’apprentissage de l’autonomie et de l’attention aux autres. Cette centralité de la famille ne permet cependant pas de déduire le nombre d’enfants ou la répartition concrète des tâches dans chaque foyer.
Les membres peuvent être célibataires, mariés, divorcés, parents seuls ou sans enfants. De même, tous les conjoints ne partagent pas nécessairement la même croyance. Décrire uniquement une famille nombreuse où chacun pratique de façon identique laisserait de côté une partie des expériences vécues.
Alimentation et conduite : ce que recouvrent les règles
La Parole de Sagesse est le précepte religieux auquel sont rattachées les principales règles de santé. Pour les membres pratiquants, s’abstenir de certaines substances relève d’un engagement spirituel, et pas seulement d’une préférence alimentaire.
- Alcool et tabac : leur consommation est proscrite.
- Café et thé : ils font également partie des boissons auxquelles les fidèles sont appelés à renoncer.
- Drogues récréationnelles : leur usage est contraire aux engagements de conduite enseignés par l’Église.
Ces abstentions ne constituent pas, à elles seules, un menu particulier. Elles ne signifient pas que tous les membres cuisinent les mêmes plats ou suivent un régime végétarien. Les repas restent largement influencés par les traditions locales, le budget et les goûts familiaux.
Pour recevoir une personne mormone, le plus simple est de proposer de l’eau ou une boisson sans alcool, sans café ni thé, puis de lui demander ses préférences. Cette attention évite de transformer le repas en interrogation sur son observance personnelle.
Les règles de conduite dépassent aussi l’alimentation. L’Église enseigne notamment l’abstention de contenus pornographiques et rattache l’accès au temple à des engagements religieux. Toutes ces prescriptions ne relèvent pas de la Parole de Sagesse : il faut distinguer les règles de santé des autres exigences morales et spirituelles.
Le dimanche et l’entraide : une communauté qui repose sur ses membres
Chapelle et temple ne remplissent pas le même rôle
Les réunions du dimanche se déroulent dans une chapelle, au sein d’une assemblée locale appelée paroisse, ou ward en anglais, ou branche. Elles comprennent notamment la Sainte-Cène, rite commémorant Jésus-Christ, ainsi que des enseignements et des échanges. Le dimanche est envisagé comme un jour consacré à Dieu, à la famille et au service, avec des aménagements variables selon les contraintes individuelles.
Les réunions en chapelle sont ouvertes aux visiteurs. Le temple a une autre fonction : il accueille des cérémonies particulières, notamment liées aux engagements religieux et aux liens familiaux éternels. Lorsque le temple est en fonctionnement, l’accès à ces cérémonies est réservé aux membres qui remplissent les conditions fixées par l’Église. Il ne s’agit donc pas simplement d’une chapelle plus grande.
Responsabilités bénévoles et missions
La vie locale repose largement sur des membres laïcs auxquels sont confiés des « appels de service ». Selon leur responsabilité, ils peuvent enseigner, organiser des activités ou participer à l’accompagnement de la communauté. L’entraide peut aussi prendre des formes ordinaires : préparer un repas, aider lors d’un déménagement ou soutenir une personne isolée.
Certains jeunes adultes s’engagent dans une mission à plein temps consacrée au partage de leur foi et au service. Cette expérience est distincte de la vie habituelle des autres membres : tous les fidèles ne sont pas missionnaires à plein temps. Les responsabilités religieuses s’articulent généralement avec le travail, les études et les obligations familiales.
Polygamie et Utah : deux raccourcis à éviter
La polygamie appartient bien à l’histoire du mouvement. Sa pratique a été annoncée publiquement en 1852. En 1890, le manifeste de Wilford Woodruff a marqué l’abandon officiel du mariage plural par l’Église principale ; un second manifeste, en 1904, a renforcé cette interdiction. La polygamie n’est pas une pratique autorisée dans cette Église aujourd’hui.
Certains groupes indépendants ont maintenu ou revendiqué le mariage plural. Ils ne doivent pas être confondus avec l’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours. Une histoire commune n’implique ni une organisation commune ni des règles actuelles identiques.
L’Utah occupe également une place majeure dans l’imaginaire mormon. Après l’assassinat de Joseph Smith en 1844, la migration de 1846-1847 a conduit des pionniers vers la vallée du Grand Lac Salé. Cet héritage explique la visibilité de la communauté dans cette région, sans résumer sa réalité internationale.
Un membre vivant en France n’évolue pas dans le même environnement culturel qu’un fidèle de Salt Lake City. Pour comprendre le mode de vie mormon sans caricature, le repère le plus fiable reste donc de relier les pratiques aux croyances, puis de laisser une place aux différences individuelles.
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